Device : images-signes
Regarder de « l’information » participe du quotidien de Florent Meng, à l’instar de ceux qui y ont accès à son époque : images sur le net, encyclopédies subjectives, banques d’images, journaux télévisés, vidéos, et photographies.
De voyages (Bosnie, Liban, Syrie) en fichiers d’images, d’émissions télévisées en editing photo pour une agence de presse, la finalité de sa démarche reste de produire de l’image, parfois de l’objet, autonome et pourtant riche de références.
Les images de Florent Meng sont des images-signes, en ce qu’elles communiquent par messages à décoder. Elles sont commandées par l’absence, une absence à la fois physique et temporelle, géographique et contextuelle : de quelle guerre, de quel combat s’agit-il ? de quelle ville ? de quelle revendication ?
Tel un rhizome, le message affleure la surface de l’image, sous une forme adventive. Ce sont les objets, impacts de balle, keffieh, qui se font les stigmates d’une mémoire collective médiatique, et pourtant allégée. Du drapeau américain (Folded Flag, 2007) et du keffieh (Keffieh, 2007) il ne reste que de paisibles triangles de tissu, abandonnés sur le coin d’une marche ou d’une table, de manière fortuite ou justement calculée. Dans Molotov encore, il s’agit d’une recherche sur le pouvoir évocatif de divers motifs emblématiques lorsqu’ils se trouvent décontextualisés. Le détail vaut pour le tout, selon un travail principalement de positionnement par rapport à l’objet.
Ainsi combinant le poétique et le politique, Florent Meng révèle une pensée engagée, une volonté de témoigner mais aussi, comme il explique, de « produire, avec le recul nécessaire, des images qui se soulagent du tragique qui les précèdent ».
Si les traces d’une présence humaine se devinent encore, ce sont celles de l’artiste en brouilleur de pistes.
Julia Guillon, 2007
Device : Sign Pictures
The posture as a spectator of the everyday life denotes the root of visual, semi logical, and plastic step of Florent Meng. This encompasses the action of regarding images on the net, encyclopedias, databases, news, videos, and photographs.
Through various experiences amongst travels in Bosnia, Lebanon, and Syria to editing photos for a press agency, his processes stay consistently autonomous but nevertheless full of references.
His photographs communicate messages for those to decipher. They are derived by the absence, a vacuum which is at the same time physical and temporal, geographical and contextual: Which war? Which combat does it act? Which city? Which claim?
The message levels the surface of the image in an adventitious form. The impact of objects as bullets and keffieh, are the marks of the collective memory of the media and they are reduced by such marks.
From the american flag (Folded Flag, 2007) or the keffieh (Keffieh, 2007) remain only peaceful fabric triangles, abandoned on the corner of a step or a table, sometimes in a fortuitous but often precisely calculated way.
Molotov (2007) continues to accentuate by decontextualization the evocative capacity of various emblematic grounds. The detail works as the whole, depending on a metonimic consideration of its object. The work of Florent Meng mingles poetic and political compositions. Here is an attempt to cultivate my thoughts, a will to give witness but also to produce, with a necessary hindsight, images that are relieved of their former tragedy. If one can still perceive traces of a human presence, those are him so as to cover the tracks.
Julia Guillon, 2007
Non Device : L’image de Presse dans la mémoire collective
Ostensiblement, les images de Florent Meng dénotent un espace trouble, tantôt fantômes connus d’images captées dans l’information, tantôt déroutantes par l’inattendu de ce qu’elles donnent à voir. Un espace trouble à mi-chemin entre réalité partielle et fiction conceptuelle, entre mémoire collective et mémoire individuelle, selon une alchimie remarquable. De là naît l’intrigue : où les images de presse puisent-elles leur force, leur impact ? Il ne s’agit pas de reconstitution, mais d’une recherche sur la nature et l’essence de ce type d’images qui ont marqué la mémoire de leurs contemporains et qui continuent à troubler, bien que le contexte socio-politique ait changé.
Dans la démarche de Florent Meng, il s’agit de disséquer ces images, de les distordre, d’inverser les contextes et d’observer le résultat. Représentée, sortie de son contexte initial, la scène ainsi expurgée de certains éléments, de son identité d’origine, se perd dans un flou temporel, gagnant ainsi en universalité. Ce travail prend sa source dans des images de presse « périphériques », là une banderole en soutien énigmatique à l’attention de Rodney King durant le siège de la secte Waco (Sans titre (Tribute serie), 2007), ici des bouteilles de sodas tournées en réceptacles à fleurs et à bougies devant l’école de Beslan (Sans titre , 2007). Ce questionnement sur le réel et le regard que l’on porte sur le réel perturbe et décontenance.
A l’instar du travail de Walid Raad, dans le cadre de The Atlas Group, les photographies de Meng remettent en cause le statut même du document, son potentiel d’information ou d’ouverture d’un espace de fiction. Il nous offre un nouveau regard, hors des codes de l’image photo-journalistique classique telle que diffusée par la presse : réinterpréter le rôle de la photographie dans la construction des récits admis comme historiques.
Julia Guillon, 2007.
Non Device : The image of Press in the collective memory
Florent Meng openly constructing a blurred space inside his pictures. A blurred space halfway between partial reality and conceptual fiction, between collective and individual memories, according to an alchemy where the glance stumbles. From there is born the question which animates his work : where do images take their own forces, their impact? It is not a question of reconstitution, but a search on the nature of this type of images which marked the contemporary memories and continue to disturb, although the sociopolitic context evolved. Then he subject those images to analysis and distortion, inverting contexts and observing the results. Taken out of its initial context, the scene thus expurgated of its identity of origin is lost in a temporal blur, thus gaining in universality. This work finds his origin in "peripheral" press images ; there a streamer as an enigmatic support from Rodney King during the seat of the Waco sect (Untitled (Tribute serie), 2007), here soda bottles derided as candle and flower receptacles in front of the school of Beslan (Untitled 4)… The question of the representation, the recording of reality, remains however present. How to show again ? why imitate the nature of the artistic gesture? The confrontation of several distinct images generates its sense by the vicinity of these messages. Sans titre 1 is the first composition which He released, with his return of Lebanon, the moment of the bombardments of June 2006. He sought to photograph what one cannot photograph, by putting on side its own knowledge of the place. In the same way of the work of Walid Raad (The Group Atlas) photographs of Florent Meng blame the statute of the document, (in his definition), its potential of information and opening of a space of fiction. It offers a new visual space, out of the codes of the traditional photo-journalistic image as diffused by the press.
The work of Florent Meng deserves to be placed against that of other young talents, particularly the Lebanese duet Khalil Joreige and Joanna Hadjithomas, which endeavour in a similar way to reinterpret the role of photography in the construction of the accounts known as historical. Latency, game with photographic medium , urban fiction and "circle of confusion" are as many points of correspondence.
Julia Guillon, 2007.